Haute Charente
Ecrits & reportage 
sur la résistance


                                                                                                                                                                                     
Le coup de main de SAULGOND du 28 novembre 1943 
 
L’affaire commence le 11 novembre 1943, ce jour là, à l’initiative de jeunes chefs maquisards, des manifestations patriotiques se sont déroulées ouvertement à Saint-Junien et à Saulgond. Elles ont alerté les Groupes Mobiles de Réserves arrivés dans la région 
Quelques jours plus tard, une voiture de jeunes réfractaires au STO et résistants tombe en panne à Chabanais et ses occupants la conduisent chez un garagiste. Le 22 novembre, au moment de récupérer leur véhicule, quatre Francs-Tireurs et Partisans (FTP) sous le commandement d’Henri Ledoux se font prendre par les gendarmes. Leurs camarades de couverture attaquent et pénètrent dans la gendarmerie. Mais les GMR prévenus, arrivent sur les lieux et obligent les attaquants à se replier. Les quatre prisonniers : Lehoux, Thierry, Chabasse, et Rohr seront déportés. Robert Chabasse décédera en Allemagne, les autres reviendront en 1945. 
 

Les Gardes Mobiles de Réserve sont en cantonnement à Saulgond dans la maison près de l’église dans le but de réduire les premiers groupes de maquisards de la région. Ils mangent dans un restaurant un peu plus bas. Quelques jours avant le 28 novembre 1943, ils ont pu dégager la gendarmerie de Chabanais attaquée à 12 heures par des maquisards de la Haute Vienne et ont fait quatre prisonniers. Le groupe FTP de Georges Lavrat comprenant 25 à 30 hommes décidé à se venger et à se procurer des armes, quitte Sant Sulpice les Feuilles dans la soirée du 27 et atteint à pied dans la matinée le village de Beau à Saulgond, où il se repose. Pendant ce temps, les GMR se préparent à faire un bon repas au cours de cette journée de dimanche. Le service de renseignements des F.T.P, aidé par deux habitants du bourg et une jeune fille, a pu indiquer la disposition des lieux et les habitudes des GMR, qui, en particulier, ôtent leurs ceinturons avant de passer à table. Le chef LAVRAT décide d’attaquer les GMR à la fin de leur repas, au moment du dessert, vers 13 heures. 
A l’heure dit, tandis que 25 maquisards demeurent en réserve dans un chemin, quatre autres, masqués de tissus noir, pénètrent dans la salle de restaurant et somment les GMR de se rendre. L’un d’eux s’enfuit pour rejoindre le cantonnement et si possible téléphoner ; il est immédiatement abattu. Deux autres veulent se dissimuler sous la table, et subissent le même sort. Les trente autres désarmés et terrorisés sont dans l’obligation de remonter dans leurs véhicules. Le convoi composé de plusieurs camions et camionnettes, d’une voiture et d’une moto, prend la direction de Nantiat, il passera la nuit dans une ferme. Les GMR dépouillés de leurs uniformes et de leurs armes seront libérés. Ils rejoindront Limoges puis seront mutés à Orléans. Un véritable état de siège s’instaure à Saulgond où l’enquête ne mènera à rien. D’autres GMR arrivent et seront à l’origine des arrestations de plusieurs communautés de réfractaires installés par les MUR en Charente Sud. 
Ce coup de main particulièrement audacieux et bien mené, au retentissement considérable, a probablement déterminé Allemands et Français à Vichy à réorganiser leur police de répression, en particulier en instaurant aussi la milice dans la zone occupée et en renforçant ses effectifs. Le succès de Saulgond a également galvanisé l’ardeur des premiers maquisards. 
(Avec les témoignages des participants, résistants et GMR)  
 
G.M.R Groupes Mobiles de Réserve 
M U R Mouvements Unis de la Résistance 
F T P Francs Tireurs et Partisans 
S T O Service du Travail Obligatoire