Haute Charente
Ecrits & reportage 
sur la résistance


inhabitée et vide. Les hommes rentrent bredouille. Les renseignements proviennent 
d’un ancien de la Marine, dit le Mataf, qui pour un coup de rouge est capable de 
dire n’importe quoi. 
La Résistance de Saint-Junien avertit le groupe qu’un camion de 
gendarmerie transportant des chaussures et des vêtements doit être pris. Le plan est 
mis en oeuvre : le camion est arrêté, le gendarme conducteur est attaché à un arbre 
avec un sac sur la tête par mesure de sécurité. Quelques chaussures sont sorties du 
camion, à utiliser seulement dans la forêt car elles sont reconnaissables et il serait 
imprudent de les porter en ville. Les vêtements sont des blousons, ils sont amenés 
chez un teinturier de Saint-Junien afin d’être teints. Le camion est conduit par deux 
membres du maquis, depuis la forêt jusqu’au maquis de Sainte-Avère en Dordogne. 
Quelques semaines plus tard, il est décidé de récupérer un camion d’essence dans 
un dépôt au bas Maluchat à Saint-Junien. Il est conduit de la même manière au 
maquis de Sainte-Alvère. Ce maquis sera détruit début octobre 1943. 
L’AS Saint-Junien donne l’ordre de saboter des batteuses pour éviter 
l’expédition du blé pour l’Allemagne. Deux sabotages ont lieu dans le secteur 
de Brigueuil. Une batteuse a le sifflet supprimé, la seconde a la courroie 
emportée. Après réflexion, les sabotages s’arrêtent, car les troupes d’occupation 
s’approvisionnent sur les stocks qui leurs sont destinés et, si ceux-ci sont épuisés, 
elles s’approvisionnent sur les stocks de blé destinés à la population des villes, déjà 
en manque de pain. 
Le maquis de Brigueuil n’étant pas armé, ou très peu, il faut récupérer des 
armes. Il faut aller les chercher chez des agriculteurs ayant participé à la guerre 
14/18 pour obtenir si possible quelques munitions. Dans le secteur de Saint-Junien, 
on ramène une dizaine de fusils Lebel, quinze cartouches et trois revolvers. Un 
habitant de Villeneuve, Carlin, donne une mitraillette allemande, mais sans chargeur 
ni munition. En septembre, un membre du maquis, parti sur Limoges en compagnie 
d’un membre de la résistance de Saint-Junien, Vicariot, ramène deux mitraillettes 
Sten et deux chargeurs. L’état-major local de l’ AS Saint-Junien demande au maquis 
de rechercher un terrain pour un éventuel parachutage d’armes. Le terrain le plus 
propice est dans un pré aux environs de La Loge. Les hommes du maquis écoutent 
Radio Londres chez le minotier du secteur. 
A l’automne, un avion survole la forêt plusieurs matins de suite. Les 
hommes utilisent du bois sec pour leur cuisine, évitant la fumée pour ne pas se 
faire repérer. Le pain est approvisionné par un boulanger de Brigueuil, Paul Perrier.
C’est le plus jeune des maquisards (âgé de 17 ans), entré au maquis avec son frère 
réfractaire au STO, qui est chargé d’aller chercher le pain. 
Un soir de septembre, il est décidé de rendre visite, avec deux habitants du 
Pic (commune de Javerdat, Haute-Vienne), Puybras et X, à un chef gestapiste à La 
Valette (commune de Montrol-Sénard, Haute-Vienne). Ce dernier est absent, mais 
le groupe revient au maquis avec un revolver et deux carabines « 22 long rifle ». 
Vers la mi septembre, le groupe reçoit de la résistance de Saint-Junien 
l’ordre de partir vers Saint-Auvent au lieu dit « la Côte ». Les hommes sont évacués 
par un camion venu de Saint-Junien. Un détachement de miliciens doit attaquer la 
forêt de Brigueuil. Seule une dizaine d’hommes du Corps Franc créé à Villeneuve 
quelques jours plus tôt reste sur place. 
Courant octobre, avec le froid et l’humidité, les hommes ne peuvent plus 
rester dans les bois. Il est décidé d’aller se réfugier dans la maison forestière près 
des hameaux Chez le Bru et Le Jarrissou. 
Un soir de fin octobre, un habitant de Brigueuil prévient le groupe de la 
forêt. La secrétaire de mairie Mlle Marie, une Lorraine, fait savoir au groupe par 
le chef de gendarmerie Chapeau, qu’elle a vu deux femmes en pension à l’hôtel 
de Brigueuil, qui demandaient des renseignements sur la résistance locale, disant 
qu’elles voulaient entrer au maquis. La postière confirme que ces femmes ont eu des 
conversations téléphoniques avec la Gestapo de Limoges. Elles ont l’ordre d’entrer 
en relation avec ce maquis par tous les moyens. Germaneau, le gérant de l’épicerie 
coopérative rapporte la conversation de ces deux femmes entendue sous la fenêtre 
de leur chambre. Elles n’ont plus que deux jours pour découvrir où se cachent les 
terroristes. Embarquées par une voiture le lendemain, elles disparaîtront. 
Le dimanche 7 novembre 1943 à la levée du jour, le plus jeune du maquis 
est envoyé pour effectuer une liaison avec le groupe de Villeneuve. A cent mètres de 
la route, il aperçoit un camion allemand. Il revient prévenir le groupe de la maison 
forestière. Les maquisards n’ayant pratiquement pas d’armes et de munitions, 
sont dans l’impossibilité de tenir tête à des soldats aguerris. Il se dispersent par 
groupes de cinq à six hommes et passent entre les mailles du filet, car la forêt n’est 
pas encore entièrement encerclée. Le corps franc de Villeneuve tente de venir à la 
maison forestière pour donner l’alerte, mais arrive au moment où les Allemands 
achèvent d’encercler la forêt, et il ne peut agir. Les Allemands ont installé leur PC à 
la Boulonnie, dans une maison appartenant au propriétaire de la forêt. Il s’agit d’un 
bataillon de la « Légion géorgienne » de l’armée du Reich, dont les missions sont